LES STRUCTURES BASCHET : dans l'histoire

PRESENTATION :

A - Repère historique.
B - Démarche sonore.
C - Collecte des sons.



A - Repère historique :

Les grandes civilisations produisent leur univers sonore et les instruments de musique correspondant à leurs sensations.
C’est évident pour la Chine, l’Inde, l’occident au XVII e et XVIII e siècles...

Avec la civilisation industrielle, l’environnement sonore a évolué. Des moyens nouveaux sont apparus, essentiellement l’électricité.
Le premier essai de musique électrique est de 1889 , mais le premier manifeste est celui des futuristes( Luigi Russolo 1910).
Le développement musical c’est fait beaucoup plus lentement que celui des arts plastiques.
Le haut-parleur date de 1913, son exploitation par Thérémine, (1919), l’élektrophone de John Mager, (1921), Martenot et ses ondes, (1928), Trontonuim, (1932), l’orgue Hamon (1935).
Peu de recherches sont faites sur les instruments acoustiques, Yvan Wyschnegradsky (1923), Harry Partch, (1932), tous deux utilisant les micro-intervalles. Puis c’est la venue de John Cage et de son piano préparé. Dès la fin du 19 e siècle, l’orchestre accepte les instruments de percussions européennes et les adopte, tel que le vibraphone.

Entre 1948 et 1950, c’est le grand virage avec la mise au point de la bande magnétique et la naissance de la musique concrète.La musique se fait directement sur la bande.C’est ce qu’on fait Pierre Henri et Pierre Schaeffer , Stockhausen à Cologne les studios d’Utrecht, etc. …
C’est aussi l’explosion de la guitare électrique, des synthétiseurs et des ordinateurs.
Le compositeur peut alors produire sa musique directement sur la bande, il synthétise les instruments classiques, produit ses propres sons, cuisine, triture.Le métier peut, théoriquement, se diviser en deux :
- Fabriquer la matière première, c’est-à-dire les sons par manipulation des fréquences et des formes
- Créer l’œuvre par la juxtaposition et l’ordonnancement de ses sons .

Mais que deviennent, dans cet environnement, la sensibilité, la délicatesse et le raffinement de l’interprète ?

L’importance de Yeudi Menuhin, ou Ravi Shankar reste entière.L’indéfinissable expression de l’émotion musicale passe par leurs doigts.Ils continuent de traduire une partie de l’âme humaine qui ne cherche pas la puissance, mais la qualité, l’accord avec soi-même.


B - Démarche sonore

Avec mon frère François nous avons décidé en 1952 de suivre cette voix difficile et de nous spécialiser dans la recherche acoustique, sans électricité ni électronique.
Nous avons commencé par lire des ouvrages du XVIII e au XX e siècles d’acousticiens et avons refait une grande partie des expériences techniques afin
Un bon facteur comme un bon interprète doit posséder l’écoute et l’habileté manuelle.

Au cours de nos manipulations qui ont duré plusieurs années, nous avons découvert qu’il est possible de transmettre des sons du métal dans des circuits métalliques et d'y faire des mélanges sonores originaux.
L’histoire nous enseigne que les instruments ont évolué lentement.
Le piano est la suite du clavicorde et du pianoforte. Il a connu des mutations sur plus d’un siècle avant de se stabiliser dans sa forme actuelle.En revanche les premiers satellites spatiaux ont tout de suite trouvé une forme originale car conçu entièrement et logiquement pour correspondre à leur condition d’emploi.
Dès 1950, la musique concrète est née du même processus.

Une logique technologique a fait accoucher les créateurs d’une esthétique inimaginable quelques années plus tôt.Nous avons préféré suivre cette seconde voix en analysant les sources sonores existantes et dans chaque catégorie d’éléments fait la liste des possibilités.
Ainsi avons-nous établi un grand tableau rassemblant les éléments vibrant, les excitateurs, les organisations des éléments vibrants les résonateurs modificateurs de timbres, les diffuseurs.
Ce tableau nous donnait tous les instruments existants et une série de possibilité.
Pour utiliser la propriété de conduction des métaux, nous avons utilisé l’élément vibrant dont les propriétés sont décrites dans un chapitre particulier de Souasse (1930 )"la verge vibrante encastrée".
Après bien des tâtonnements , nous avons choisi deux modes d’excitation, le plus simple étant la percussion, le second l’archet de verre, utilisé au XVIII e siècle dans les laboratoires pour créer des vibrations.

Deux démarches ont coexisté dans notre travail :
- La première correspond à une recherche technologique fondée sur la physique (propriété des matériaux et des vibrations).
- La seconde est une recherche artisanale empirique et esthétique
L’instrument est choisi d’abord en réponse à un monde intérieur dont on trouve l’expression puis lorsqu’il est créé dans la musique jouée, composée.
Ceci n’est donc communicable qu' en fin de parcours et totalement brumeux pour les autres en cours de recherche.

Choisir un instrument, c’est pour le facteur choisir un timbre.
Celui-ci est fonction d’une part, de la composition des fréquences, leur nombre, leur rapport et leur évolution, d’autre part de la forme, soit l’évolution de l’intensité dans le temps. Les pentes d’attaques de chutes sont aussi très importantes.

C -Collecte des sons

Les sources sonores que nous avons réalisées et que nous avons nommé structures sonores se caractérisent par l’existence d’une pièce relativement lourde en métal sur laquelle sont fixées des tiges qui sont des éléments vibrants.
Cette pièce lourde nous sert à collecter des sons. Par ajout d’éléments nous travaillons le timbre. Il faut ensuite diffuser dans l’air ces vibrations.
Ce que nous faisons par adjonction de surface en métal, en plastique, ou en carton ; chacune ayant ces propriétés propres, le choix est fait en fonction du son recherché.

( dessin du procede)

On assiste, en fait, à l’apparition d’une nouvelle famille d’instruments acoustique. Pratiquement, tout ceci a abouti à deux catégories d’instruments correspondant à deux sortes des structures de sons.
- Les instruments à tiges de verre disposés en clavier jusqu’à cinq octaves ont des sons purs, dont les fréquences fondamentales sont bien nettes. Ils peuvent êtres accordés en gamme tempérée.
- Les instruments à percussion produisent des sons complexes.

(reprendre photo son en paquet )

L’analyse au sonagramme nous montre des fréquences en paquet et pas d’ordonnance harmonique.Les applications sont donc différentes et complémentaires.

(photo ou dessin cristal)

Nous avons appelé les premiers cristals, d’une part à cause de la pureté du son, d’autre part parce qu’en physique c’est une des formes de la matière, une organisation correspondant à des lois naturelles.
Sur le cristal on peut donc jouer des adaptations de pièces classiques mais surtout interpréter des créations contemporaines. Ce travail musical ne peut se développer que dans le temps car sa technique de jeu est difficile, empruntant notamment au violon et au piano. Depuis une vingtaine d’année de jeunes musiciens développe cette pratique instrumentale avec une technique particulière t crée un répertoire spécifique.

(photo ou dessin percussion)

Les instruments à percussions ont trouvé une tout autre voix. .Il existe des structures sonores jouées par des percussionnistes qui interprètent des œuvres contemporaines, cependant l’application la plus importante a été la création d’une série de quatorze petites structures conçues essentiellement pour l’éveil au monde des sons.
Les sons n’ayant pas de fréquences fondamentale bien définie, leur assemblage ne se fait pas par rapport de hauteurs mais par juxtaposition de timbres.
Nous avons eu la même attitude que celle des compositeurs de la musique concrète (1950) utilisant des sons créés sur bande magnétique et non répertoriable classiquement.

photo enfant +instrumentarium

La facilité avec laquelle l’art plastique contemporain a été assimilé dans certains secteurs de l’enseignement nous a frappé : dans les maternelles, particulièrement , on met des couleurs à la disposition des enfants. Ils sont libres de les projeter sur la toile et par là de projeter leur image intérieure. Ainsi, peu à peu , ils apprennent à structurer leur production et se structurer eux-mêmes.
Nous avons voulu créer un outil qui permette la même démarche en musique : mettre à la disposition des enfants des couleurs sonores et leur donner la liberté de jouer sans reproduire.

C’est l’expérience qui nous a conduit à cette création et particulièrement le fait d’avoir travaillé dans les années 70 à New York, dans un programme « Learning to read through the arts «
Les modèles ne se sont fixés qu’après dix en de pratique et pour y parvenir nous avons travaillé avec des milliers d’enfants de différents pays.
La peinture abstraite n’est pas plus facile que la peinture figurative, à partir du moment où l’on aborde la composition. Il en est de même pour les sons.

En conclusion, l’art n’est pas seulement une distraction ou un marché, c’est aussi l’expression d’une expression sensorielle du monde extérieur et une manifestation des résonances produites à l’intérieur de l’homme.

Bernard Baschet – Les cahiers du CENAM septembre 1988.

















 

 










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